Box-Trotters
On les a contenues dans les limites strictes de la boîte. On les a placées dans les contenants Plywood.
Box-trotters défait le temps plié et déplié du conte plaqué où se perdent filles dans les bosquets. On échange forêt contre contre-plaqué, on délaisse écorce, mousse et lumière d’automne, pour les caissons de bois, les jeux de tissus et un soleil neutre et maculé, articulé par des néons blancs, posés au plus près de la peau papier glacé des modèles habillés par Bernhard Willhelm.
Tenues par de concrètes contraintes, ces femmes empêchées parlent un langage de pantin abandonné, de pieuvre médusée et de zombie empaillé, un langage de la fin des mots, une langue de bois, nouée. Attenantes à ces coffrages, elles dessinent une coupe d’immeuble fantasmée dont on suivrait la routine de ses occupantes, à la manière de
La vie mode d’emploi de Georges Perec, si et seulement scie (sic) elles pouvaient bouger. Mais ici, c’est une version cadastre clapier, orientée collection poupée, pour laquelle s’échafaude un plan Bellmer avec horizon sur membres qu’on isole.
On essaye de jouer ? C’est un damier hybride que propose Julien Taylor ; un damier sur lequel on a cimenté les pions, faisant de la composition une concaténation de pièges et de proies. En bégayant les images par l’agrégation de multiples prises de vues, la partie donne au tout un aspect maquette ; là jouant de face ou de profil, ici assises ou debout, il nous livre une grille de maux croisés :
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poignets interdits de pesanteur maintenus par des attaches de tissus, de latex ou de gros scotch pour un bondage minimal et discret,
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crucifixion dégingandée, même pas assez de place pour les icônes éculés,
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dislocation par structures lamellées ciment ou polystyrène divisant tête tronc jambes,
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assise fixe du mannequin avant crash test,
- nouveau supplice pour grand enfant : un tombeau mikado versus perchoir pour moineaux.
Pas sorties, pas déballées, on expose l’immobilité, on met en scène l’attachement, la bride pour de vivantes sculptures. Application radicale de l’injonction « Tiens toi droite ! » et se taire. On va d’une case à l’autre en s’inventant un regard de cube, une vie de dé, une tête au carré.
Damien Raynaud, Juin 2009