Julien Taylor photography ACCUEIL
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La boîte à images

C’est aux sources de l’illusionnisme que nous invite Julien Taylor, avec des photographies animées présentées à la galerie Talmart. Rebaptisée club 22 pour cette exposition, la galerie est transformée en boîte - boîte de nuit et boîte à images - où le spectateur devient acteur, et l’artiste - magicien du temps et de l’espace.

Mais comment rendre le mouvement en photographie, une technique qui par définition le fige ? Julien Taylor, que la question a toujours fasciné, s’est plongé dans les expériences visuelles du début du 20e siècle : les images changeantes à réseau et la stroboscopie.

Sur les murs de la galerie sont disposées de grandes bandes verticales opaques qui opèrent comme un filtre à travers lequel le visiteur regarde l’intérieur de la galerie. Il y voit des figures, que le mouvement oscillant de sa tête fait entrer dans un rythme saccadé. Car ces photographies, représentées grandeur nature sur les murs de la galerie, sont elles-mêmes codées avec un réseau strié. Les voir sans le filtre de la vitrine nous met face à des images en voie de disparition et nous rappelle combien le mouvement est lié à la dissolution de la forme.

La visite du Club 22 se poursuit dans la cave, avec l’ambiance stroboscopique des dancefloors. Julien Taylor y a installé deux tourne-disques et plusieurs galettes de 33 tours. Sur ces galettes, à intervalles réguliers, les images de personnes et d’objets décomposés dans leur mouvement. L’interaction est de mise, toujours, et c’est en actionnant le tourne-disque et en y déposant la galette sous la lumière d’un stroboscope, que le spectateur découvre la magie de ces images animées.

De même que les premiers effets spéciaux de Méliès nous ravissent encore, les inventions revisitées de Julien Taylor nous ouvrent les portes d’un monde de l’image merveilleux, et certainement pas figé !

Virginie Gimaray, Novembre 2011
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Photo non stop

S’il confesse son goût pour le « moment décisif » cher à Cartier-Bresson, Julien Taylor (né en 1976) s’en éloigne par la facture de ses photographies, qui sont le produit d’arrangements complexes.
La formation scientifique de l’auteur et son goût pour la vie nocturne parisienne ont accouché d’une oeuvre originale où la multiplicité des points de vue (qui illustrent le passage du temps ou différents angles d’une même action) réussissent à se combiner en des images uniques, par la magie de la retouche numérique.

Qu’il s’agisse d’une fête d’anniversaire prise du plafond, d’un bar à différentes heures de la nuit, des différents mannequins participant à un défilé, Taylor produit à chaque fois des images de synthèse, dans la double acception du mot : travaillées à l’ordinateur et capables de résumer une situation en mouvement.
Julien Taylor, qui participe au festival Fetart, vient de recevoir le prix Nicolas Feuillatte de l’artiste de l’année 2011.

Rafael Pic, Mars 2011
Λ V

Box-Trotters

On les a contenues dans les limites strictes de la boîte. On les a placées dans les contenants Plywood. Box-trotters défait le temps plié et déplié du conte plaqué où se perdent filles dans les bosquets. On échange forêt contre contre-plaqué, on délaisse écorce, mousse et lumière d’automne, pour les caissons de bois, les jeux de tissus et un soleil neutre et maculé, articulé par des néons blancs, posés au plus près de la peau papier glacé des modèles habillés par Bernhard Willhelm.

Tenues par de concrètes contraintes, ces femmes empêchées parlent un langage de pantin abandonné, de pieuvre médusée et de zombie empaillé, un langage de la fin des mots, une langue de bois, nouée. Attenantes à ces coffrages, elles dessinent une coupe d’immeuble fantasmée dont on suivrait la routine de ses occupantes, à la manière de La vie mode d’emploi de Georges Perec, si et seulement scie (sic) elles pouvaient bouger. Mais ici, c’est une version cadastre clapier, orientée collection poupée, pour laquelle s’échafaude un plan Bellmer avec horizon sur membres qu’on isole.

On essaye de jouer ? C’est un damier hybride que propose Julien Taylor ; un damier sur lequel on a cimenté les pions, faisant de la composition une concaténation de pièges et de proies. En bégayant les images par l’agrégation de multiples prises de vues, la partie donne au tout un aspect maquette ; là jouant de face ou de profil, ici assises ou debout, il nous livre une grille de maux croisés :

  • poignets interdits de pesanteur maintenus par des attaches de tissus, de latex ou de gros scotch pour un bondage minimal et discret,
  • crucifixion dégingandée, même pas assez de place pour les icônes éculés,
  • dislocation par structures lamellées ciment ou polystyrène divisant tête tronc jambes,
  • assise fixe du mannequin avant crash test,
  • nouveau supplice pour grand enfant : un tombeau mikado versus perchoir pour moineaux.
Pas sorties, pas déballées, on expose l’immobilité, on met en scène l’attachement, la bride pour de vivantes sculptures. Application radicale de l’injonction « Tiens toi droite ! » et se taire. On va d’une case à l’autre en s’inventant un regard de cube, une vie de dé, une tête au carré.

Damien Raynaud, Juin 2009



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Photographier l'impossible

Julien Taylor est dans la lignée du photographe E.J. Marey dans son désir de photographier l'impossible : le temps et le mouvement. C'est ce que les futuristes appelaient le «tourbillon des sensations» d'où le désir que l'on retrouve chez cet artiste de solliciter l'instinct ludique du spectateur.

Nous entrons ainsi dans une cathédrale de Chartres «en mouvement» et nous dérivons alors dans un univers-piège dont les deux dimensions apparentes sont un théâtre magique à la Hermann Hesse. Décomposée, réinventée, la cathédrale de Chartres version happy-gothic de Julien Taylor nous ouvre une porte sur la vision kaléidoscopique d'une utopie cachée au coeur du temps et de l'espace.

Tristan Ranx, Décembre 2008